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LPC - Les Pierres qui Chantent

Cabinet associatif d'étude et expertise en architecture et acoustique. Amélioration de l’habitabilité acoustique des logements pour personnes vulnérables et handicapées. Assistance à Maitrise d’Ouvrage en BTP. LPC travaille en lien avec le laboratoire d'Architecture UMR 7218 CNRS, des agences d’architectes, des établissements médico-sociaux, et contribue à la formation professionnelle dans ses disciplines d’étude. LPC est propriétaire du Label "Haute Qualité Acoustique". CONTACT 06 63 16 87 89

Premiers résultats d'une collaboration en neurosciences

Publié le 21 Septembre 2015 par Olivier MANAUD - Cécile BARRANDON

Premiers résultats d'une collaboration en neurosciences

Comme annoncé voici quelques mois, nos contacts avec le laboratoire du Professeur Ducreux donnent leurs premiers résultats à travers le rapport de stage de Jean-Baptiste Billaud. Voici, dans cet article, le compte rendu de l'utilisation d'une première série d'échantillons de chant grégorien. Très prochainement, nous vous partagerons le deuxième volet de cette étude qui encore dans les tuyaux. Bonne lecture !

Jean-Baptiste BILLAUD, Etude comparative des réseaux neuronaux intégratifs mis en œuvres lors de stimulations auditives modales et tonales en IRM fonctionnelle cérébrale de tenseur de diffusion et d’activation, Extraits du mémoire de Master de physique médicale, Spécialité : Imagerie Médicale, sous la direction du professeur Denis Ducreux Université de Paris-Sud, Faculté de Médecine Paris-Sud, 2015

 

Jean-Baptiste a mené deux études distinctes pendant la durée de son stage de Master. La première, qui a fait l’objet de son mémoire étudie l’architecture musicale. La seconde (réalisée à notre demande) a pour but d’étudier l’activation cérébrale induite par les phénomènes acoustiques présents dans le chant grégorien en fonction de l’environnement acoustique dans lequel le chant est exécuté. Cette dernière étude sera uniquement abordée dans la partie suivante du mémoire afin de permettre au lecteur de comprendre les choix d’organisation et d’acquisition du protocole. Nous espérons prochainement vous en partager les résultats sur ce Blog. Nous remercions déjà Jean-Baptiste d’avoir accepté de publier ici quelques larges extraits de ses premiers résultats.

 

Objectifs principaux :

  1. Comparer la variation de l’activation cérébrale au sein du cortex associatif en fonction de différents types d’architecture musicale (musique classique, musique indienne, chant grégorien).
  2. Comparer le fonctionnement des différents réseaux neuronaux propres à chaque type musical en particulier dans les fonctions émotionnelles.

Objectif secondaire :

Identifier les connexions neuronales du cortex associatif ainsi que les circuits fonctionnels impliqués dans le traitement du stimulus audio complexe et des émotions induites par celui-ci.

 

1) Matériel et méthode :

Protocole d’acquisition :

Organisation :

Un total de six échantillons musicaux de 30 ±2 secondes ont été utilisés : 1 échantillon de musique classique, 1 échantillon de musique indienne, 4 échantillons de chant grégorien.

Afin de pouvoir comparer l’ensemble des échantillons musicaux entre eux, le choix a été fait de faire l’acquisition d’une séquence BOLD par échantillon. Le phénomène d’habituation cérébrale à un stimulus répété pouvant survenir rapidement, une copie de chaque échantillon a été créé après inversion du sens de lecture. Le but des échantillons dits « retournés » est de déstabiliser le cerveau par introduction d’une incongruence dans l’expérience d’écoute.

Conscient de la fatigue engendré par le bruit de l’appareil (IRM 3T Achieva Philips), la nécessité de faire un effort constant de concentration durant les périodes de stimulation auditive et compte tenu du nombre minimal de séquences à utiliser (6 BOLD, 1 DTI, 1 Neuronav T1, 1 3D FLAIR), les acquisitions se sont déroulées sur 2 séances :

BOLD Classique, BOLD Indien, Neuronav, 3D FLAIR, DTI

BOLD Grégorien*4, Neuronav (afin de « reposer » le sujet au milieu de la séance).

Premiers résultats d'une collaboration en neurosciences

Comme représenté sur le schéma, chaque séquence fait l’objet de 4 stimulations de 30s suivi de 30s de silence. Les plugs orientés vers le haut (E=Endroit) symbolisent les stimulations avec un sens de lecture normal ; Ceux orientés vers le bas (R=Retourné), un sens de lecture inversé.

Les 30s précédents la première stimulation ont pour but de stabiliser le signal.

Spécifications techniques des séquences

SEQUENCE BOLD

Nombre de coupes par volume 66
Surface des coupes 128*128 px
Epaisseur des coupes 2 mm
Nombre de volumes 54
Temps d'écho 35 ms
Remps de répétition 5000 ms
Durée totale de la séquence 4mn 45s

 

SEQUENCE DTI (Images du Tenseur de Diffusion)

Type de séquence DTI Hardi
Nombre de directions 60
Nombre de coupes par volume

66

Surface des coupes 128*128 px
Epaisseur des coupes 2 mm
Nombre de volumes 61
Temps d'écho 75,609 ms
Temps de répétition 8656,4 ms
Durée totale de la séquence 11 mn

 

SEQUENCES ANATOMIQUES:

Séquence Neuronav (pondération T1) 3D Flaire (pondération T2)
Type d'acquisition 3D 3D
Nombre de coupes 180 179
Epaisseur de coupe 2 mm 2 mm
Temps de répétition 7,035 ms 4800 ms
Temps d'écho 3,422 ms 265 ms
Temps d'inversion 0 1650 ms
Durée de l'acquisition 2 mn 43 s 3 mn
FOV 250*250*360 mm 250*250*358 mm

 

Choix des sujets :

24 personnes volontaires et respectant les conditions suivantes ont participées à l’étude : compatibilité physique avec l’IRM (pas de présence d’objets métallique amovibles dans le corps), naïfs sur le plan musical. Critères de naïveté : pas d’apprentissage ni de pratique de la musique, apprentissage et pratique durant l’enfance non poursuivi après le bac.

Méthode d’analyse :

Analyse fonctionnelle statique : 

L’ensemble des analyses ont été réalisés avec le logiciel FSL (Functional Magnetic Resonance Imaging of the Brain Software Library). L’analyse des images fonctionnelles par FSL (module FEAT) se base sur l’utilisation du modèle linéaire général (General Linear Model-GLM). Ce modèle permet calculer pour chaque voxel la relation entre le signal obtenu et le signal théorique modélisé par la réponse hémodynamique attendu. Les étapes du traitement des images se résument de la manière suivante :

Premiers résultats d'une collaboration en neurosciences

2) Résultats :

Etude en IRM fonctionnelle d’activation :

Au cours de l’expérience, une multitude de régions cérébrales sont activées et ce sans rapport avec la stimulation auditive. Parmi les facteurs responsables de cette activation supplémentaire, nous pouvons nommer, le clignement des yeux, de la tête et du corps.

Le but de l’étude étant de comparer les différences d’activation cérébrale en rapport direct avec le traitement de l’information cognitive, nous avons choisi de nous limiter à certaines régions corticales et sous-corticales.

Les régions d’intérêts étudiées sont donc : les amygdales, le gyrus angulaire, le gyrus cingulaire (antérieur, médian et postérieur), le cortex dorsolatéral préfrontal (noté CDPF), l’hippocampe, l’hypothalamus, l’insula, le gyrus parahippocompal, le gyrus temporal supérieur, le gyrus temporal transverse (gyrus de Heschl), le gyrus supramarginal, le thalamus ainsi que les aires de Broca et Wernicke.

Pour chacune des régions d’intérêt, nous tenons compte de la latéralisation dans la présentation des résultats en présentant dans des tableaux distincts l’activation dans les hémisphères droit et gauche. Les résultats sont présentés sous forme de tableaux exprimant le pourcentage d’activation de chacune des structures.

 

CHANT GREGORIEN - sens de lecture de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par le chant Grégorien à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Petite latéralisation droite présente. Les structures sous-corticales sont bien activées. Forte activité dans les aires auditives et uniforme sur toute l’épaisseur corticales. L’activité est bien présente dans les régions temporales des lobes frontaux et préfrontaux.CHANT GREGORIEN - sens de lecture de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par le chant Grégorien à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Petite latéralisation droite présente. Les structures sous-corticales sont bien activées. Forte activité dans les aires auditives et uniforme sur toute l’épaisseur corticales. L’activité est bien présente dans les régions temporales des lobes frontaux et préfrontaux.CHANT GREGORIEN - sens de lecture de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par le chant Grégorien à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Petite latéralisation droite présente. Les structures sous-corticales sont bien activées. Forte activité dans les aires auditives et uniforme sur toute l’épaisseur corticales. L’activité est bien présente dans les régions temporales des lobes frontaux et préfrontaux.

CHANT GREGORIEN - sens de lecture de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par le chant Grégorien à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Petite latéralisation droite présente. Les structures sous-corticales sont bien activées. Forte activité dans les aires auditives et uniforme sur toute l’épaisseur corticales. L’activité est bien présente dans les régions temporales des lobes frontaux et préfrontaux.

MUSIQUE CLASSIQUE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique classique à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Importante latéralisation droite de l’activité cérébrale avec une forte activation des lobes temporaux. Une grande partie de l’activation reste en surface du cortex sauf pour les aires auditives. L’activation couvre une grande partie de la région temporo-frontale et préfrontale.MUSIQUE CLASSIQUE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique classique à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Importante latéralisation droite de l’activité cérébrale avec une forte activation des lobes temporaux. Une grande partie de l’activation reste en surface du cortex sauf pour les aires auditives. L’activation couvre une grande partie de la région temporo-frontale et préfrontale.MUSIQUE CLASSIQUE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique classique à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Importante latéralisation droite de l’activité cérébrale avec une forte activation des lobes temporaux. Une grande partie de l’activation reste en surface du cortex sauf pour les aires auditives. L’activation couvre une grande partie de la région temporo-frontale et préfrontale.

MUSIQUE CLASSIQUE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique classique à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Importante latéralisation droite de l’activité cérébrale avec une forte activation des lobes temporaux. Une grande partie de l’activation reste en surface du cortex sauf pour les aires auditives. L’activation couvre une grande partie de la région temporo-frontale et préfrontale.

MUSIQUE INDIENNE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique Indienne à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Latéralisation droite présente. Activité des aires auditives répartie sur toute l’épaisseur corticale. Faible activation des structures sous-corticales. Peu d’activation au niveau frontal et quasi-inexistante au niveau préfrontal.MUSIQUE INDIENNE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique Indienne à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Latéralisation droite présente. Activité des aires auditives répartie sur toute l’épaisseur corticale. Faible activation des structures sous-corticales. Peu d’activation au niveau frontal et quasi-inexistante au niveau préfrontal.MUSIQUE INDIENNE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique Indienne à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Latéralisation droite présente. Activité des aires auditives répartie sur toute l’épaisseur corticale. Faible activation des structures sous-corticales. Peu d’activation au niveau frontal et quasi-inexistante au niveau préfrontal.

MUSIQUE INDIENNE - sens de la musique à l'endroit : Activation cérébrale induite par la musique Indienne à l'endroit, p-value<0.05 avec un seuil de correction par cluster z >1,645. Latéralisation droite présente. Activité des aires auditives répartie sur toute l’épaisseur corticale. Faible activation des structures sous-corticales. Peu d’activation au niveau frontal et quasi-inexistante au niveau préfrontal.

POURCENTAGE D'ACTIVATION DES ZONES D'INTERET EN FONCTION DU TYPE DE MUSIQUE / DANS L'HEMISPHERE DROIT

STRUCTURE MUSIQUE CLASSIQUE MUSIQUE INDIENNE CHANT GREGORIEN
Amygdala 36,31 0 1,19
Angular Gyrus 17,74 0 0,22
Anterior Cingulate 9,96 1,41 0,23
Broca 43,39 31,23 32,69
CDPF 42,44 17,91 25,50
Cingulate Gyrus 14,07 0 8,09
Hyppocampus 0 0 0
Hypothalamus 27,27 0 0
Insula 43,94 35,30 40,14
Parhippocampal Gyrus 9,72 0,60 1,39
Posterior Cingulate 1,56 0 11,44
Superior Temporal Gyrus 61,15 53,44 56,37
Supramarginal Gyrus 26,95 6,91 39,78
Thalamus 13,47 0,18 28,72
Transverse Temporal Gyrus 93,18 93,18 93,18
Aire de Wernicke 60,07 49,08 48,96

 

POURCENTAGE D'ACTIVATION DES ZONES D'INTERET EN FONCTION DU TYPE DE MUSIQUE / DANS L'HEMISPHERE GAUCHE

 

STUCTURE MUSIQUE CLASSIQUE MUSIQUE INDIENNE CHANT GREGORIEN
Amygdala 38.51 40.99 33.54
Angular Gyrus 42.08 0.00 3.71
Anterior Cingulate 12.72 0.00 1.78
Aire de Broca 11.24 1.38 7.69
CDPF 16.35 0.28 11.59
Cingulate Gyrus 16.33 0.00 6.40
Hippocampus 8.75 11.88 1.25
Hypothalamus 9.09 0.00 9.09
Insula 38.23 21.70 36.93
Parahippocampal Gyrus 27.45 8.31 5.16
Posterior Cingulate 4.18 0.00 9.27
Superior Temporal Gyrus 62.14 55.86 62.18
Supramarginal Gyrus 32.48 5.47 31.81
Thalamus 13.47 .018 28.72
Transverse Temporal Gyrus 93.18 93.18 93.18
Aire de Wernicke 60.07 49.08 48.96

 

Etude en connectomique fonctionnelle :

A partir des analyses en connectomique fonctionnelles des individus, une analyse de groupe a été réalisée en calculant le minimum, le maximum, la moyenne et la déviation standard des fonctions cérébrales à chaque TR.

Du fait de la durée du TR et de la méthode d’analyse du logiciel Connectopedia, 408 fonctions cérébrales ont été identifiées. Parmi toutes ces fonctions nous retrouvons des fonctions motrices : contrôle du rythme cardiaque, mouvement des doigts, contrôle de la respiration, etc… ; des fonctions sensitives : discrimination des couleurs, attention auditive, reconnaissance des visages, réponse à un stimulus thermique douloureux, etc… ; des fonctions mémorielles : mémorisation, mémoire de travail auditive, mémoire émotionnelle, etc… ; des fonctions liées aux émotions et aux sentiments : traitement des émotions, le jugement, le courage, la joie, etc… ; ainsi que des fonctions cognitives : apprentissage, lecture, planification, etc;

Au sein des 408 fonctions cérébrales, nous en avons isolées 6 en raison de la nature de l’expérience réalisée. Ces fonctions sont : l’attention aux voix humaines, l’attention auditive, la mémorisation auditive, la mémoire de travail auditive, l’appréciation de la musique et le traitement de l’écoute musicale.

Voici un lien vidéo permettant de visualiser la variation d'activité cérébrale au cours du temps pour le chant grégorien :
https://drive.google.com/folderview?id=0B2fFgP3_Ak0rWDlKWVVSeG5qeUE&usp=drive_web

3) Discussion :

Etude en IRM fonctionnelle d’activation :

Les résultats des analyses individuelles n’ont pas été présentés pour diverses raisons. Les résultats d’un individu au sein d’un groupe ne sont pas toujours représentatifs des résultats attendus car chaque individu réagit différemment au stimulus. En effet, j’ai pu observer une importante différence en termes de voxels activés dans l’ensemble du cerveau entre certains individus. Cette différence pouvant parfois atteindre et même dépasser un rapport de 10 entre l’individu ayant le minimum et celui ayant le maximum d’activation. Cette différence a un impact direct sur les résultats de l’analyse de groupe. Certains tests statistiques réalisés, ne faisant pas l’objet d’une interprétation ici, ont eu des résultats fortement minimisés voire nul à cause de cette différence inter-sujets. Plusieurs facteurs sont directement responsables de cette différence : le matériel utilisé et le métabolisme individuel. Chaque personne étant unique, le taux de réponse à un stimulus sous forme de réponse électromagnétique (EEG-MEG) ou de réponse hémodynamique (IRM-f) est donc différent, cela aurait pu nous contraindre à appliquer un seuil afin d’éliminer les résultats extrêmes. Cependant, les résultats présentés précédemment n’ont pas fait l’objet d’un seuillage, ils sont issus de l’analyse de groupe réalisée à partir des résultats individuels de nos 24 sujets.

Les résultats de l’analyse de groupe présentés ici mettent en évidence plusieurs choses :

- Le cerveau des volontaires est plus réactif à la musique classique qu’aux autres musiques et ce quel que soit le sens de lecture. Ce résultat est logique compte tenu du fait qu’en France, la population n’est pratiquement pas exposée à la musique grégorienne ou indienne. Une population « non-initiée » entendra de la musique classique à la TV, à la radio, dans les films (musique de compositeurs contemporains ou anciens) ainsi que dans les publicités.                                     

- Aires de Broca et Wernicke : Ces aires sont essentiellement dédiées au traitement du langage. L’aire de Broca est en charge de la production des mots dans les activités de langage mais participe également à la discrimination des sons du langage. L’aire de Wernicke quant à elle, est responsable de la compréhension des mots et du langage lu ou entendu. La différence d’activation à droite et à gauche dans les deux sens de lecture montre une latéralisation du langage à droite. Pour les trois musiques ces aires se trouvent activées avec une nette différence entre les musiques au niveau de Broca. L’influence du sens de lecture se voit essentiellement avec la musique indienne et grégorienne (passage de 31% à 17% et 33% à 12%). La musique classique quant à elle passe de 42% à 35%. Ces chiffres montrent que quelque-soit le sens de lecture, le cerveau cherche à analyser et interpréter l’écoute de la musique classique comme un langage parlé bien que ce soit une musique purement instrumentale comme la musique indienne. Lorsque l’on écoute les trois musiques mixées à l’envers, la musique classique fait presque naturelle, la musique indienne aussi mais dans une moindre mesure. Par contre, l’écoute à l’envers d’un enregistrement de voix humaine qui chante ou parle, rend la voix incompréhensible, le cerveau et l’oreille ne peuvent être « bernés ». L’importante baisse d’activation de Broca avec le chant grégorien mixé à l’envers est donc parfaitement logique.

- Musique Indienne : Nous pouvons constater que le sens de lecture a une certaine influence sur l’activation du système limbique. Lors de l’écoute à l’endroit, une forte activation de l’amygdale gauche a lieu ainsi que l’insula mais dans une moindre mesure. Lors du changement de sens de lecture, nous pouvons constater une inhibition totale des amygdales au profit d’une forte activation de l’insula. Il est assez difficile de savoir ce que veulent réellement dire ces résultats, l’insula et les amygdales partageant de nombreuses fonctions cérébrales (71 recensées dans Connectopedia) parmi lesquelles on peut trouver : la consolidation de la mémoire, le plaisir de la musique, la réponse à une musique plaisante et la mémoire de travail.

- Chant Grégorien : La lecture à l’envers de cette musique engendre une augmentation de l’activité au niveau des amygdales, de l’hippocampe droit et du gyrus parahippocampique. L’écoute du chant grégorien à l’envers semble stimuler plus fortement la mémoire et engendre des émotions non conscientes.

Etude en connectomique fonctionnelle :

- Les résultats confirment ce qui était attendu concernant l’inversion du sens de lecture de nos musiques. Nous constatons une importante chute et même une inhibition de nos fonctions cognitives au cours des périodes de stimulation par la musique retournée.

- Dans le cas de la musique indienne, nous pouvons constater une inhibition de la mémoire auditive lors de la première écoute, cela peut s’expliquer par les problèmes acoustiques. La musique indienne malgré une forte amplification de son intensité sonore, reste plus difficile à entendre que les autres, le son de la flute étant doux et se noyant facilement dans le bruit de l’IRM. Ajouter au fait, que la musique indienne était inconnue des volontaires, leur cerveau se retrouvait incapable d’associer le son aux instruments. Pour la musique classique et grégorienne, la mémoire auditive plafonne à 10 et 18% signe que le cerveau parvient un petit peu à faire le lien entre musique, instruments et voix. Lors de la seconde écoute à l’endroit, nous constatons une forte augmentation de cette mémoire pour les trois musiques. Le cerveau s’étant un peu habitué et sachant à quoi s’attendre, n’a pas de difficulté à associer ce qu’il entend à ses souvenirs.

- Pour nos 5 autres fonctions cognitives, il est intéressant de constater que l’évolution de leur utilisation suit presque parfaitement le paradigme expérimental. Pour nos 3 musiques, nous constatons un pic d’utilisation de l’ensemble des 6 fonctions cognitives lors de la dernière période de repos. Le cerveau de nos volontaires s’était-il préparé à une nouvelle écoute ? C’est probable.

Le but premier ici était de tester une méthode d’analyse innovante toujours en cours de développement. L’analyse tractographique actuelle permet l’extraction et l’identification de 58 faisceaux de fibres de matière blanche. Dans une prochaine version l’ensemble des fibres partant d’une zone de substance grise seront extraites et visualisables permettant ainsi d’accroitre la précision des analyses connectomiques. La version 4.0 de Connectopedia (prévue pour le 4eme trimestre 2015) sera programmée en 64-bits, regroupera les outils existants et ceux de DPTools utilisés pour la recherche (génération des cartes d’activation et des connectomes structurels) et introduira l’analyse connectomique effective (connaissance de la chronologie du traitement de l’information par le cerveau), l’extraction de la totalité des fibres de matière blanche ainsi que les 116 structures de matière grise.

Conclusion :

L’étude présentement réalisée a permis de mettre en évidence une différence d’activité cérébrale générée par un stimulus musicale en fonction du sens de lecture de la musique et du type de musique. Outre ces résultats, cette étude a permis d’acquérir une méthodologie dans le traitement des images fonctionnelles et de tester une méthode innovante. Plusieurs facteurs ont été limitant : l’imageur utilisé est issu d’une génération précédente et nécessite régulièrement une intervention de la maintenance, son système audio intégré (Le signal sonore sort de l’imageur sous la forme d’une triple colonne d’air qui sera transformée en son par les membranes du casque) est inadapté à la stimulation musicale. En effet, le système audio intégré entraine une importante distorsion du son en sortie de casque et faible volume sonore comparé au bruit de la machine. La grande différence d’intensité sonore nous a contraints à fortement amplifier les échantillons musicaux ayant pour conséquence une saturation du son en plus de sa distorsion. Du fait de ces facteurs limitant, l’interprétation émotionnelle « consciente » n’a pas été possible.

Cette étude est préliminaire à un sujet de thèse plus large auquel le Pr Ducreux et moi-même avons réfléchi. Cette thèse sera consacrée à l’étude de l’induction émotionnelle par la musique chez des personnes souffrant de syndromes dépressifs majeurs et comprendra cinq grands axes de recherche :

-Étudier et décrire les processus cérébraux impliqués dans le traitement de la musique en fonction de l'architecture et des phénomènes acoustiques de chaque musique.

-Étudier l'impact de la dépression nerveuse dans le traitement de la musique par le cerveau, avant, pendant et après le traitement médicamenteux des patients, avec et sans un traitement complémentaire par musicothérapie.

-Déduire des résultats expérimentaux des informations afin de prédire l'efficacité d'un traitement médicamenteux.

-Comprendre l'impact de la musicothérapie en tant que complément thérapeutique dans l'amélioration de l'état psychique et cognitif des patients.

-Déduire des informations sur l'architecture musicale et les phénomènes acoustiques afin d'optimiser le matériel audio utilisé en musicothérapie.

        La thèse s’inscrira également dans un projet de recherche interdisciplinaire étudiant l’impact sur la lumière et le son de l’architecture de quatre édifices religieux européens utilisés pour la pratique du chant grégorien.

Pour ce faire, des modifications du protocole d’acquisition devront être opérées : utiliser des pièces musicales entières d’une durée d’environ 5-6min, utiliser un système audio externe spécialement conçu pour l’IRM-f, utiliser un imageur de l’actuelle génération ou de la prochaine. Une grande partie des systèmes audio actuellement présent sur le marché fonctionnent avec un système de fibre optique et un casque  permettant une atténuation passive du bruit de l’ordre de 30dB. Ces systèmes audio offrent une grande qualité sonore et une atténuation suffisante du bruit de la machine afin de distinguer sans difficulté la musique du bruit de fond.

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Lanéry 21/09/2015 19:03

Même sans être un spécialiste ni du cerveau ni de l'IRM et donc un peu (beaucoup :-) ) noyé par le vocabulaire c'est passionnant. L'impression que ça me laisse c'est qu'on est en train de matérialiser les émotions !
D'autre part je suis ébloui par la quantité et qualité des informations obtenues dans ces conditions expérimentales extrêmement éloignées de ce qu'il faudrait pour mener ce genre d'études !
Je ne me sens pas qualifié pour féliciter mais j'éprouve le besoin d'exprimer une admiration !

Olivier MANAUD - Cécile BARRANDON 24/09/2015 09:56

De notre côté aussi nous savons que les conditions expérimentales sont loin d'être optimales, du fait du niveau sonore dégagé par la machine... Cependant les résultats, dans un processus de comparaison, permettent d'identifier que le chant grégorien n'a pas la même incidence sur certaines zones du cerveau que les autres types de musique. Nous avons hâte de pouvoir publier le deuxième volet des résultats qui touchent à la spécificité ce chant antique sous les voûtes médiévales par rapport à des enregistrement réalisés en acoustique neutre (studio).